1. Présentation d'une femme courageuse appelé Marie-Antoinette

1. Présentation d'une femme courageuse appelé Marie-Antoinette
Marie-Antoinette, ce nom symbolise, à lui seul, les fastes de Versailles, les grâces de Trianon, et l'incroyable destin d'une jeune femme précipitée des marches du trône sur celles de l'échafaud. Fille de l'impératrice d'Autriche, elle épouse à quatorze ans l'héritier du trône de France qui devint roi en 1774 sous le nom de Louis XVI. Reine à vingt ans, elle adopte l'attitude d'une enfant gâtée. Sa légèreté, son mépris de l'opinion, la pression exercée par sa famille autrichienne la désignent très tôt à l'opprobre public. Épouse longtemps négligée par un mari "empêché", mère affectueuse, elle joue un rôle politique important dès le début de la Révolution. Incarcérée au Temple avec sa famille après l'effondrement du régime, puis enfermée à la conciergerie après l'exécution de Louis XVI, elle est guillotiné le 16 octobre 1793 à l'issue d'un simulacre de procès. De la frivolité à la tragédie, de la réalité au mythe, je vais essayer de retracer l'histoire de la dernière reine de France.

SOMMAIRE

Page 1 ==> ici <== Page 1
1. Présentation d'une femme courageuse appelé Marie-Antoinette
2. Une mère jupitérienne
3. "Tu felix Austria nube"
4. Une éducation menée tambour battant
5. Une "charmante figure"

Page 2 ==> ici <== Page 2
6. "Rien"
7. "Ce pays-ci"
8. "Deux cent mille amoureux"
9. "L'arrangement de la Providence"
10. Une enfant gâtée

Page 3 ==> ici <== Page 3
11. Vénus et Vulcain
12. Enfin mère
13. Liberté
14. Un style Marie-Antoinette


# Posté le mercredi 18 avril 2007 10:30

Modifié le mardi 15 mai 2007 06:48

2. Une mère jupitérienne

2. Une mère jupitérienne
Photo : Marie Thérèse impératrice d'Autriche

Un accouchement de plus, en l'occurrence le quinzième, ne trouble guère l'impératrice Marie-Thérèse, en cette soirée du 2 novembre 1755. Elle met au monde une fille, baptisée aussitôt sous les noms de Maria Antonia Josepha Johanna, qui rejoint sans tarder l'aile du palais de la Hofburg de Vienne réservée aux enfants du couple impérial.
Les guerres et les lourdes charges qui pèsent sur la souveraine n'ont pas nui à sa vie familiale qu'elle a toujours voulue simple et harmonieuse. Chef d'État autoritaire, mais épouse soumise, elle n'a jamais opposé la moindre résistance aux ardeurs amoureuses de François-Etienne de Lorraine, son mari, dût-elle se trouver régulièrement enceinte, ce qui dura près de vingt ans. Elle est d'ailleurs très fière de sa nombreuse progéniture, qu'elle appelle familièrement "mon poulailler". Trop accaparée par ces hautes fonctions pour s'occuper personnellement de ses enfants, elle délègue ses pouvoirs aux gouverneurs et gouvernantes, qui doivent l'informer de tout ce qui les concerne, exigeant d'être appelée si quelque événement grave survient à l'un d'eux. Le docteur Van Swieten, qui préconise une vie saine au grand air et un régime alimentaire assez strict, veille sur leur santé.
Antonia, que les français appelleront Marie-Antoinette, s'épanouit dans le petit monde des archiducs et archiduchesses. L'impératrice, qui aime les fêtes, entend que ces enfants y participent dès leur plus jeune âge. A quatre ans, Antonia paraît pour la première fois en public lors de l'anniversaire de son père. Sanglée dans une robe de cour, elle chante quelques couplets en français, accompagnée au pianoforte par deux de ses s½urs et au violoncelle par l'un de ses frères. Cependant, si elle parvint à adopter très tôt le parfait maintien d'une princesse, elle refuse de se plier aux contraintes de l'étude. Pleine d'indulgence pour cette enfant rieuse et pétulante, sa gouvernante abrège les exercices de lecture ou d'écriture et se contente de lui enseigner les principes religieux et moraux à l'égard desquels le couple impérial se montre d'une grande rigueur.
En 1765, la mort brutale de son père bouleverse peu la vie quotidienne d'Antonia, mais l'éloigne d'avantage de cette mère jupitérienne, qui se réfugie dans un deuil ostentatoire, sans pourtant abandonner l'autorité suprême qu'elle consent désormais à partager avec son fils aîné, Joseph, en lui donnant le titre de co-régent, puis celui d'empereur.

# Posté le mercredi 18 avril 2007 11:14

Modifié le lundi 14 mai 2007 07:58

3. "Tu felix Austria nube"

3. "Tu felix Austria nube"
Photo : Louis XV

Préoccupée par l'avenir de ces États, Marie-Thérèse considère que ses enfants sont voués au service de la dynastie. Elle tente de façonner la personnalité de Joseph à son image, confie le gouvernement de la Toscane à Léopold son cadet, et réfléchit au sort qu'elle réservera bientôt à ses plus jeune fils. Quant aux archiduchesses, elles doivent nouer ou renforcer des alliances susceptibles de profiter à la Maison de Habsbourg. Peu importe la personnalité du prince qu'on leur destine.
Dés qu'Antonia atteint sa neuvième année, sa mère caresse pour elle un projet qui représente le couronnement de sa politique matrimoniale : elle veut l'unir à l'héritier du trône de France. En 1756, Marie-Thérèse avait en effet réussi un véritable tour de force, en obtenant l'alliance de Louis XV contre la Prusse et l'Angleterre : ainsi le roi abandonna-t-il la politique traditionnelle de ses aïeux, qui visait à l'abaissement de la Maison d'Autriche. Très attachée à ce lien qui a servi ses intérêts, au détriment de ceux de la France, l'impératrice voit dans un mariage le moyen d'en assurer la durée. Elle désigne Antonia pour accomplir ce grand destin, tout simplement parce que son âge est assorti à celui du dauphin Louis-Auguste, qui succédera à Louis XV, son grand-père qui frise la soixantaine.
Les premiers pourparlers ont été engagés des 1764, mais, depuis lors, Louis XV se fait prier. L'alliance avec l'Autriche reste impopulaire depuis le désastreux traité de Paris en 1763. Au sein même de la famille royale, on n'envisage pas de gaieté de c½ur de voir une Habsbourg s'unir au futur monarque. Marie-Thérèse s'inquiète, cajole l'ambassadeur de France. "Le morceau est friand et sera en bonne mains, si cela est", se contente de dire le diplomate. L'impératrice enrage.

# Posté le mercredi 18 avril 2007 11:39

Modifié le lundi 14 mai 2007 07:58

4. Une éducation menée tambour battant

4. Une éducation menée tambour battant
Photo : Marie-Antoinette (vers l'age de 13/14 ans)

Enfin Louis XV se décide à envoyer un précepteur pour parfaire l'éducation de la futur dauphine. Marie-Thérèse exulte. Mais confier une princesse de treize ans à un modeste ecclésiastique d'âge mûr, savant et féru de belles-lettres, relève de la gageure. Contrairement à toute attente, l'archiduchesse et l'abbé de Vermond s'entendent à merveille. La jeune fille, qui sait à peine lire et écrire le français, l'italien et l'allemand - les trois langues pratiquées indifféremment à la cour de Vienne -, charme son maître par sa candeur naïve. Comprenant qu'il ne pourra l'instruire qu'en l'amusant, il remplace les leçons par des causeries; il raconte à son élève des anecdotes qui lui font connaître l'histoire de la noblesse et de la cour de France. "Elle m'entend bien lorsque je lui présente des idées éclaircies; son jugement est toujours juste, mais je ne peux l'accoutumer à approfondir un objet, quoique je l'en sente capable", constate-t-il. Antonia raffole de son précepteur, souhaite qu'il assiste à ses jeux; l'impératrice l'admet dans l'intimité familiale et le comble d'attentions. Elle compte bien se servir de lui, lorsque sa fille sera en France. A l'issu de la princesse, il restera son mentor-espion au service de l'Autriche. Devenue dauphine et reine, Marie-Antoinette ne se doutera jamais du double jeu de son confident.

# Posté le mercredi 18 avril 2007 12:04

Modifié le lundi 14 mai 2007 07:58

5. Une "charmante figure"

5. Une "charmante figure"
Photo : Louis-Auguste futur Louis XVI

L'archiduchesse grandit et se développe harmonieusement. Elle participe désormais à toutes les manifestations de la cour. Avec son visage ovale, sa carnation éblouissante, ses grand yeux bleus, sa petite bouche un peu dédaigneuse, ses cheveux blonds poudrés et relevés en boucles retenues par des perles, elle attire tous les regards. "On peut trouver des figures plus régulièrement belles, écrit l'abbé, je ne crois pas qu'on puisse en trouver de plus agréables. Quelque idée qu'en aient pu donner en France ceux qui l'ont vue ici, on sera surpris du ton de bonté, d'affabilité et de gaieté qui est peint sur cette charmant figure".
Le 13 juin 1769, Marie Thérèse reçoit la demande officielle du roi de France. On fixe la date du mariage au 16 mai suivant. Antonia aura quatorze ans et demi et le dauphin, Louis Auguste, né le 23 août 1754, n'aura pas encore seize ans. On a sans doute peu parlé à l'archiduchesse de son futur époux. Les rapports que Marie-Thérèse reçoit du prince de Stahremberg, son ambassadeur à Versailles, auraient pourtant de quoi affliger l'archiduchesse, qui s'imagine vivre un véritable conte de fées : "La nature semble avoir tout refusé à M. le Dauphin. Ce prince par sa contenance et ses propos n'annonce qu'un sens très borné, beaucoup de disgrâce et nulle sensibilité", écrit le diplomate.
Antonia ne sait rien de tout cela. Très curieuse de nature, elle a sens doute posé bien des questions sur le mari qui lui destine la raison d'État.
On le lui a sans doute dépeint sous les traits d'un excellent prince, attaché à la religion de ses pères, sérieux et travailleur, sensible aux malheurs des humbles, ce qui est d'ailleurs parfaitement exact. Pour la faire rêver, on lui a envoyé une estampe représentant Louis-Auguste, courbé sur une charrue, en train de tracer un sillon sous le regard sévère de son gouverneur!
Quelques jours avant le départ de sa fille, l'impératrice s'émeut à l'idée de laisser cette fragile adolescente pour la cour le plus corrompue d'Europe. Comme pour rattraper les heures qu'elle n'a jamais pu lui consacrer, elle la fait coucher dans sa chambre, pendant les dernières nuits qu'elle passe à Vienne.

# Posté le mercredi 18 avril 2007 12:20

Modifié le lundi 14 mai 2007 07:57